Le dernier ...

"Blaise, dis, sommes nous bien loin de Montmartre"
J'ai pitié, j'ai pitié, viens vers moi je vais te conter une histoire
Viens
dans mon lit
Vien
s sur mon coeur
J
e vais te conter une histoire...
Oh viens! viens!
A
u Fidji règne lternel printemps
La paresse
L'amou
r pâme les couples dans l'herbe haute et la chaude syphilis rôde sous les bananiers
Viens dans les îles perdues du Pacifique!
E
lles ont nom du Phénix, des Marquises
Borné
o et Java
Et Célè
bes à la forme d'un chat
Nous ne pouvons pas aller au Japon
Viens a
u Mexique
Sur l
es hauts plateaux les tulipiers fleurissent
L
es lianes tentaculaires sont la chevelure du soleil
On dirai
t la palette et le pinceau d'un peintre
De
s couleurs étourdissantes comme des gongs,
Rousseau y a été
Il y a ébloui sa vie
C'es
t la pays des oiseaux
L
'oiseau du paradis, l'oiseau-lyre
Le
toucan, l'oiseau moqueur
E
t le colibri niche au coeur des lys noirs
Viens!
N
ous nous aimerons dans les ruines majestueuses d'un temple aztèque
T
u seras mon idole
Une ido
le bariolée enfantine un peu laide et bizarrement étrange
Oh
viens!
Si tu veux, nous irons en aéroplane et nous survolerons le pays des mille lacs,
Les n
uits y sont démesurément longues
L
'ancêtre préhistorique aura peur de mon moteur
J'a
tterrirai
Et je construirai un hangar pour mon avion avec les os fossiles de mammouth
Le feu primitif réchauffera notre pauvre amour
Sa
mowar
Et n
ous nous aimerons bien bourgeoisement prés du pôle
Oh viens!
# Posté le mardi 18 juillet 2006 15:02

La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France

La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France
Je suis en route.
J'ai toujours
été en route
Je suis en route av
ec la petite Jehanne de France
L
e train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
L
e train retombe sur ses roues
Le
train retombe toujours sur toutes ses roues.
" Blaise, dis, so
mmes-nous bien loin de Montmartre ? "
Nous sommes loin
Jeanne, tu roules depuis sept jours
tu es
loin de Montmartre, de la butte qui t'a nourrie,
du Sacré-C½ur
contre lequel tu t'es blottie
P
aris a disparu et son énorme flambée
il n'y
a plus que les cendres continues
la pluie qui tomb
e / la tourbe qui se gonfle
la Si
bérie qui tourne
les lourdes nap
pes de neige qui remontent
et l
e grelot de la folie qui grelotte comme un dernier désir dans l'air bleui
Le train palpite au c
½ur des horizons plombés
Et ton
chagrin ricane...
" Dis, Blaise,
sommes-nous bien loin de Montmartre ? "
Les inqiétu
des / oublie les inquiétudes
Toutes les gar
es lézardées obliques sur la route
les fils télégraphiques auxqu
els elles pendent
les
poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s'étire s'a
llonge et se retire comme un accordéon qu'une main sadique tourmente dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie s'enfuient et dans les trous, les roues vertigineuses les bouches les voix et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les
démons sont déchaînés / Ferrailles
Tout est un faux accord
Le br
oun-roun-roun des roues
Chocs /
Rebondissements
Nous sommes un o
rage sous le crâne d'un sourd...
# Posté le mardi 18 juillet 2006 14:46

...

...
Le ciel est comme la tente déchirée d'un cirque pauvre
dans un petit village de pêcheurs
en
Flandres
Le
soleil est un fumeux quinquet
et
tout au haut d'un trapèze une femme fait la lune.
La
clarinette, le piston, une flûte aigre et un mauvais tambour
et
voici mon berceau
Mon berceau
Il
était toujours près du piano quand ma mère comme Madame Bovary
jouait les sonates de Beethoven
J'
ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone
et l
'école buissonnière, dans les gares devant les trains en partance
Ma
intenant, j'ai fait courir tous les trains derrière moi :
Bâle-
Tombouctou
J'ai aussi joué aux courses à Auteuil et à Longchamp
Paris-New
York
Maint
enant, j'ai fait courir tous les trains tout le long de ma vie
Madrid-Stockholm
Et
j'ai perdu tous mes paris
Il n'y a plus que la Patagonie,
la Pat
agonie, qui convienne à mon immense tristesse,
la Pat
agonie, et un voyage dans les mers du Sud.
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# Posté le mardi 18 juillet 2006 13:31
Modifié le mardi 18 juillet 2006 14:31

...

...
Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je
ne savais pas aller jusqu'au bout.
J'avais faim
Et t
ous les jours et toutes les femmes dans les cafés
Et
tous les verres
j
'aurais voulu les boire et les casser
Et
toutes les vitrines et toutes les rues
E
t toutes les maisons et toutes les vies
E
t toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon
sur
les mauvais pavés
j'aur
ais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j'aurais voulu broyer tous les os
Et a
rracher toutes les langues
Et
liquéfier tous ces grands corps étranges et nus
Sou
s les vêtements qui m'affolent...
J
e pressentais la venue du grand Christ rouge
de
la révolution russe...
Et le
soleil était une mauvaise plaie
q
ui s'ouvrait comme un brasier.
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# Posté le mardi 18 juillet 2006 13:12

Rester, c'est exister. Partir, c'est vivre.

Toute seule chez moi. Envie de m'évader, de partir, de voyager. Et je lis. je lis Blaise Cendrars, ce poète suisse qui, à l'âge de seize ans, fit une fugue et prit le premier train pour se retrouver à Moscou. Il découvre alors le goût du voyage, la Russie en pleine effervescence révolutionnaire, la guerre, la faim, la maladie. C'est tout son voyage qu'il raconte dans ce long poème qu'est la prose du Transsibérien. Les paysages, décrits à bord du transsibérien, deviennent fantastiques, le bruit des roues semble être tour à tour une douce musique ou un insupportable vacarme et le jeune poète oscille entre l'enfance, la nostalgie de son pays natal et le goût de l'aventure, de la découverte de pays inconnus sans se préoccuper des conséquences.
# Posté le mardi 18 juillet 2006 02:45